LE SYNDICAT

Histoire du Syndicat

http://lesyndicat.neuf.fr/

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INTRODUCTION

 

LE SYNDICAT

est un label et un groupe dont l'activité a débuté en 1982.

 

Les enregistrements du Syndicat couvrent donc une période de 20 ans, depuis le début des années 80 jusqu'à nos jours. Il est impossible d'associer une telle période d'activité à un style ou à un mouvement particulier d'autant que LE SYNDICAT est une de ces entités irréductiblement indépendantes qui puise aussi son énergie créatrice dans le refus des conventions et des mouvements.

Cependant, à l'écoute de ces enregistrements, on peut être frappé par la forme d'énergie exacerbée qui peut constituer en quelque sorte le style du SYNDICAT.

 

On trouve encore aujourd'hui sur Internet, des traces de la suractivité du label dans les années 80.  Ces informations sont le plus souvent inexactes ou incomplètes. Ces artistes étaient en effet du genre retors aux analyses, volontairement indépendants et peu enclins a communiquer en dehors de leur langage créatif.

Des positions aussi radicales amènent souvent les artistes a disparaître dans l'histoire.

C'est pour remédier à cet état de fait que nous vous convions à une histoire du SYNDICAT, et donc également à une vision originale car vécue de l'intérieur, de l'évolution des musiques électroniques de la fin du 20ème siècle.

 

LE LABEL

 

Dans les années 80, LE SYNDICAT produisait des cassettes audio, vendues, distribuées, échangées par la poste par le réseau " MAIL ART " qui était le précurseur d'Internet en ce qui concerne les artistes en marge des réseaux commerciaux. Rapidement, le label rencontre un certain succès du à la qualité de ses produits et à la radicalité de ses options.

Le label a édité en cassette, en dehors de la musique du groupe, d'autres artistes comme MERZBOW, PARAZITE, PACIFIC 231, CONTROLED BLEEDING,  BLACKHOUSE,  DOG AS MASTER...

Au moment de sa cessation d'activité, Le label LE SYNDICAT avait produit 22 cassettes et environ 3000 d'entre elles avaient été vendues, distribuées, échangées, à travers le monde.

 

LE GROUPE

 

Le groupe LE SYNDICAT a participé à des dizaines de compilations internationales et a collaboré musicalement avec de  nombreux artistes.

Il a eu notamment des contacts épistolaires très soutenus avec échange de sons et compositions par correspondance avec la vague bruitiste japonaise des années 80 : MERZBOW, NBN (Nothing But Noise), THE HANATARASHI, etc.

LE SYNDICAT n'a pas cessé d'exister lorsque son label a cessé ses activités en 1987 et a traversé les années 90 en ayant été édité par d'autres labels indépendants comme RRR (USA), STAAL PLAT (Pays Bas / USA), DAFT RECORDS (Belgique).

Au fil de ses réalisations, une certaine reconnaissance cryptique a émaillé la carrière du groupe souvent présenté comme une légende de la  "musique industrielle ".

 

GESTATION

 

Les membres fondateurs du groupe LE SYNDICAT étaient étudiants en arts plastiques à Paris. Ces adolescents admiraient les mouvements artistiques révolutionnaires du début du 20ème siècle : Constructivisme, Futurisme, Expressionnisme, Dadaïsme, Surréalisme.

Ils écoutaient la frange " raisonnable " de la new wave du début des années 80 : JOY DIVISION, DAF, DEVO, KRAFTWERK, CURE, TUXEDOMOON, ainsi que le revival PUNK et SKA de ces années là. Grâce à l'apparition des radios libres qui n'étaient pas encore envahies par la pub et se permettaient de longues émissions sur les musiques expérimentales

( Christophe Bourseiller sur radio 7, Théo Hakola sur Nova ) ils ont accès aux artistes cryptiques : THE RESIDENTS, SPK, THROBBING GRISTLE, GHEDALIA TAZARTES. Ils sont particulièrement marqués par la bande sonore en forme de symphonie bruitiste du film "ERASERHEAD".

Les jeunes étudiants se sentent visuellement proche des graphistes post punk français

" BAZOOKA ", " ELLES SONT DE SORTIE " et de la figuration libre naissante. La version Roman photo du court métrage de Caro et Jeunet "LE BUNKER DE LA DERNIERE RAFALE",  est leur livre de chevet.

Rapidement, ils sont convaincus que la performance physique avec le bruit comme élément de premier plan est nécessaire à l'apaisement de leur énergie créatrice. Ils ne pensent pas fonder un groupe de musique avec LE SYNDICAT mais une association orientée performance. La toute première performance du SYNDICAT qui signe la naissance du groupe, est réalisée en 1982 à "l'Abattoir", une ancienne boucherie transformée en galerie d'art où se retrouvaient aussi les groupes parisiens BERURIERS (naissants), les post-punk déjantés LUCRATE MILK et le no wave GUERNICA qui étaient eux aussi étudiants en arts plastiques.

 

L’ENFANCE DU BRUIT

 

Pour cette première performance, Zyklon B et Ruelgo avaient seulement décidé de faire un maximum de bruit en amoncelant le plus grand nombre de récepteurs radio et TV qu'ils pouvaient trouver et en manipulant leurs antennes et leur volume en direct. 

Ils se constituent  par la suite,  une banque de sons sur cassette : ondes courtes, son TV, bruits de la ville.

Leurs uniques instruments sont des walkmans, l'une des premières boite à rythme transportable, (la TR 606 de Roland) et des micros en plastique enchassés dans des tubes d'échaffaudage. 

Les sources sont brutalement injectées dans les entrées micro d'une platine cassette via des multiplicateurs d'entrées. Les sons viennent s'imprimer en profondeur sur la bande magnétique, distordus, écrêtés jusqu'à la moelle. Boucles, cut-ups et bruits non identifiables se succèdent à un rythme effréné dans un maelström cataclysmique ininterrompu et en continuelle mutation.

Le bruitisme prend rapidement une place prépondérante dans la vie quotidienne de ces adolescents.

Zyklon et Ruelgo rencontrent plus tard Zorïn et Mirka ; peintres, graphistes, expérimentateurs visuels.  Zorïn a participé au "BUNKER DE LA DERNIERE RAFALE". Il a une certaine expérience de la création en marge et une meilleure culture visuelle et musicale que les jeunes syndiqués.  Mirka et Zorïn sont frappés par le culot des jeunes allumés.  Ils sympathisent autour de leur rejet des conventions, de la destruction sonore érigée en acte de création.  En 1983, Zorïn prend en main le design des cassettes du SYNDICAT et lui donne un aspect visuel professionnel. Le label est fondé.

 

MUSIQUE INDUSTRIELLE

 

LE SYNDICAT découvre vraiment le mouvement dit de "musique industrielle" au festival "Nuit et brouillard" à Paris en 1983.

Zyklon ; asiatique, culturiste, punk casseur de Skinheads notoire, y est prudemment évité par le hurleur de WHITEHOUSE aux harangues provocatrices, misogynes et racistes. 

Ruelgo y apprécie la performance tribale de NOX et plus tard, le concert de EINSTURZENDE NEUBAUTEN qui jouaient vraiment très fort pour l'époque et utilisaient des bétonneuses non seulement comme élément rythmique mais aussi pour reboucher la scène qu'ils avaient creusée durant leur concert au marteau piqueur.

 

En 1983, Ruelgo  rencontre Pacific 231, cet artiste industriel Parisien est un pionnier du genre. Il vient de produire l'une des premières compilations industrielles  françaises (Ritual dos Sadicos) qui inclus également quelques morceaux cold wave. Il est équipé d'instruments électroniques et d'une machine à écrire. 

Avec lui, Ruelgo peaufinera sa culture industrielle et entrera en contact avec le réseau "Mail art" des années 80. Pacific 231 a des contacts dans le monde entier et a reçu un monceau de contributions à son nouveau projet de compilation. LE SYNDICAT éditera en collaboration avec lui, le volume zéro de cette compilation "L'ENFER EST INTIME", et contribuera à son projet electro tribal : ANKH.

De nombreux groupes industriels parisiens apparaissent à cette époque, et sous l'influence de PSYCHIC TV, ex THROBBING GRISTLE, grattent leurs guitares, leurs bols tibétains ou leur KORG. allant même parfois jusqu'à fonder leur petite secte à l'image de leurs idoles.

 

DIVERGENCES

 

Il nous faut souligner les divergences du SYNDICAT avec le mouvement dit de

"musique industrielle".

 

LE SYNDICAT n'avait pas la prétention de faire de la musique et ne composait pas de morceaux. Tous ses enregistrements étaient réalisés d'une seule traite, sans montage. Même la notion de groupe était assez vague. Les auteurs du SYNDICAT gardaient l'anonymat, leurs sets bruitistes étaient ouverts à qui osait le désirer.

LE SYNDICAT ne se retrouvait pas dans le mouvement "industriel" qui lui semblait être une pièce rapportée au rock n roll. Son rejet des attitudes, du nihilisme de bon aloi à la punk et de tout discours dogmatique le mettait à l'écart.

Même si le son du SYNDICAT était  violent et extrême, cette énergie n'avait rien de négatif ou de nihiliste.

 

Ils ne souhaitaient rien affirmer auprès de leur public. Ils cherchaient juste à communiquer le plaisir qu'ils éprouvaient à manipuler la masse sonore. Leur  fascination pour le chaos, la force, la violence n'était pas relayée chez eux par la provocation ou l'affirmation d'une quelconque supériorité de l'artiste sur son public comme on le verra souvent chez les groupes industriels.

 

L'esprit du SYNDICAT du début des années 80 est proche de celui des bruitistes Japonais avec qui ils auront de très bonnes relations postales et de tous ces artistes qui refusent les conventions au risque de perdre leur crédibilité face aux mouvements confortables créés par et pour les étroits d'esprit.

 

IMAGE ET CONTRESENS

 

L'amalgame des artistes avec les mouvements dont ils sont contemporains reste la façon la plus commode de ranger les artistes trop indépendants dans des tiroirs et d'évacuer leur spécificité. C'est pourquoi LE SYNDICAT reste pour beaucoup de gens, un groupe industriel.  

 

L'imagerie que Zorïn utilisait pour le label était forte (logos, sigles, typos agressives). Elle relevait aussi bien des influences constructivistes que de l'esthétique militaire. L'utilisation d'images fortes ou extrêmes génère souvent des malentendus incongrus.

Si l'on observe attentivement le logo du Syndicat, on peut y voir non pas une croix gammée, mais une croix de Lorraine penchée (symbole des forces françaises libres contre l'occupant nazi). En fait l'idée de ce logo est venue presque par hasard, d'une deuxième barre ajoutée au T de Syndicat qui lui donnait une allure d'antenne réceptrice.

On peut noter le même genre de confusion avec le court métrage de Caro et Jeunet "Le Bunker de la dernière rafale". Ce film raconte l'histoire d'un groupe de militaires aux prises avec un décompte annonçant leur fin, poussés par la paranoïa à s'autodétruire.  Il dénonçait entre autre,  l'absurdité de la guerre et n'échappera  pourtant pas aux polémiques à sensation des journalistes. 

Les positions artistiques du Syndicat étaient pourtant simples, un de ses slogans était " LA JOIE PAR LE BRUIT ".  

Lorsque l'acte de rébellion du syndicat, exacerbé jusqu'au grotesque, était partagé avec son public. L'esprit du Syndicat pouvait alors être perçu à sa juste mesure. Une joyeuse bataille de gifles sonores que SPIKE JONES (le bruiteur de Tex Avery) aurait apprécié... La conscience de l'aspect positif de la puissance du son, la disparition de l'auteur derrière son travail et la recherche de la communion avec le public par l'immersion dans la masse sonore seront plus tard des principes fondateurs du mouvement Techno.

 

ENTRE VIFS

 

A la suite d'une expérience douloureuse de censure au festival des musiques actuelles DMA2 à Bordeaux en 1984, LE SYNDICAT décidait de prendre en main son système sonore. 

Zorïn se plonge dans l'électronique et se met à construire "la MATRICE" : le matériel electro métallique destiné aux performances live du SYNDICAT. 

Il s'agit d'une armada d'objets sonorisés par micro contact, souvent découverts dans le ventre d'une poubelle et désignés à la manière d'armes redoutables ;  des instruments électroniques Low-Tech, des walkmans, des magnétophones multipistes à cassettes utilisés comme échantillonneurs et tables de mixage en même temps, des racks de pré amplis, écrêteurs, retardateurs. 800 mètres de câbles concentrés sur 5 mètres carrés. Le but du système est de pouvoir réagir le plus rapidement possible à tout ce que fait tout autre opérateur. Ce qu'ils nomment " Le pilotage réflexe ",  quelque chose qui tient autant du sport de combat que de l'écoute instinctive de l'autre.

Cette version live du SYNDICAT conçue par Zorïn devint naturellement sa chose en 1986 : l'ensemble bruitiste ENTRE VIFS.

 

BRUITISME

 

ENTRE VIFS revendiquait l'héritage du fondateur du bruitisme : Luigi Russolo.

Dans le manifeste "L'art des bruits" paru en 1913, Russolo met en avant le décalage aberrant qui subsiste entre les " bruits de la ville " et les " sons anémiés " de la musique.

 

"Le bruit a le pouvoir de nous rappeler à la vie.  Le son, au contraire, étranger à la vie, toujours musical, chose à part, élément occasionnel, est devenu pour notre oreille ce qu'un visage trop connu est pour notre œil. 

Le bruit, jaillissant confus et irrégulier hors de la confusion irrégulière de la vie, ne se révèle jamais entièrement à nous et nous réserve d'innombrables surprises. Nous sommes sûrs qu'en choisissant et coordonnant tous les bruits, nous enrichirons les hommes d'une volupté insoupçonnée".

 

Le manifeste bruitiste tombait comme une météorite dans le jardin du SYNDICAT.

Russolo, opposait le bruit (brut donc vivant, toujours en mouvement) et le son (enregistré, composé, asservi, musical), et avait formulé presque un siècle auparavant ce que LE SYNDICAT mettait en œuvre avec le soucis supplémentaire de ne pas coordonner les bruits mais au contraire d'utiliser le hasard et la surprise comme processus créatifs.

 

PRECISION

 

Le Bruitisme a été occulté par l'histoire de l'art parce qu'il était issu du Futurisme italien fondé par Filippo Tommaso Marinetti. Ce mouvement est systématiquement lié au fascisme car à partir des années 20 (période du 2ème Futurisme) il a été érigé en art national par Mussolini.

C'est oublier la hargne des premiers participants au mouvement qui se nourrissait de leur  sensibilité à l'anarcho-syndicalisme et au communisme libertaire. Nombreuses furent les interventions et les installations des futuristes dans les villes, les usines, avec pour souci de faire sortir l'art de ses sempiternels et moribonds musées. Les futuristes sont notamment intervenus dans les case d'ARTE de Gramsci, Ils ont manifesté aux côtés des suffragettes anglaises en 1918.

Russolo, antifasciste, s'est exilé en France en 1926.

On retrouve l'influence considérable du manifeste bruitiste dans toutes les évolutions de la musique du 20ème siècle sans qu'elle soit reconnue à sa juste valeur pour des raisons d'amalgame politique inadequat.

Les attitudes provocatrices de certains groupes industriels plutôt issues des attitudes punks, provoquait lui aussi un amalgame de cette mouvence des années 80 avec les milieux d'extrème droite.

Le Syndicat participait à l'émission radio Epsylonia (Radio Libertaire Paris). Cette émission était et reste un outil d'expression et d'expérimentation ouvert pour la contre culture et les artistes en marge. A l'époque, ils venaient y jouer, mixer en direct. Des débats y étaient organisés avec participation des auditeurs. Ruelgo y exposa ses divergences politiques face aux dérives de certains " industrieux ". Il avait été baigné dans une éducation Marxiste Léniniste et n'avait pas choisi d'appeler son projet LE SYNDICAT pour rien.

 

DU BRUITISME A LA MUSIQUE

 

Le bruitisme du SYNDICAT et de ENTRE VIFS n'était pas un bruitisme minimal ou conceptuel comme celui de NON (Boyd Rice), mais empirique, tourné vers la richesse plutôt que l'épure.

 

LE SYNDICAT était persuadé que le bruitisme était un art nouveau, vivant, physique, éloigné de tout automatisme ou de tout sentimentalisme musical et que cet art pouvait s'enrichir et évoluer.

 

Cette approche développait instinctivement une perception aiguë des couches sonores, des notions d'harmonie et de dissonance, de sérieuses bases rythmiques et la visualisation sonore créatrice.

Le son peut être en effet visualisé aussi précisément que les images. Il n'est pas question ici d'algorithmes ou de visualiseurs mais d'images mentales, abstraites, et pourtant précises, le but principal de l'ensemble bruitiste étant de réaliser, à l'aide de cette visualisation sonore, des sculptures  sonores en direct.

 

Ce bruitisme qui ouvrait aux forceps en un millième de secondes toutes les portes fermées par la musique était donc par ailleurs terriblement formateur musicalement. Comme l'évolution du bruitisme était largement prise en charge par ENTRE VIFS,  LE SYNDICAT sans Zorïn et Mirka, composé de Ruelgo et du nouveau venu Veidt Mjolnir, était naturellement poussé à explorer le domaine musical.

 

PREMISSES RYTHMIQUES

 

En 1985, avec " RECTITUDE ", percussive, électronique, LE SYNDICAT poussait son hardcore électronique vers un hardcore rythmique a l'instar du groupe espagnol ESPLENDOR GEOMETRICO qui fait passer lui aussi ses boites à rythme dans toutes sortes d'effets, la fureur et l'utilisation de la voix en moins. Les balancements mécanico électroniques restent collés à la matérialité du son et loin de tout sentimentalisme. 

 

Après avoir commis les terribles et primales "L'ARME DE FORCE " et "DELIKATESSEN " qui constituent l'apogée du bruitisme furieux et hurlant du SYNDICAT. Veidt et Ruelgo se tournent définitivement vers la musique.

 

Influencés par les travaux du groupe anglais electro acoustique dadaïste Nurse With Wound, LE SYNDICAT livre une musique sombre et progressive  aux relents gothiques avec "VORGINE". 

 

L'ultime cassette bruitiste du groupe et du label Le Syndicat sera "RELAPSE". Elle rend compte de ce que faisait LE SYNDICAT en live avec 16 pistes de sons modulables et spatialisables, boucles de sons s'autodétruisant par saturations successives, spirales sonores (accélérations - décélérations), vinyles scratchés, décentrés,  et la voix déformée acoustiquement par des micros enserrés dans des tubes d'échafaudages. La 2ème face de "RELAPSE" propose une version bruitiste tonitruante du ROMEO ET JULIETTE de Prokofiev qui utilise les mêmes principes de manipulation sonore avec des enregistrements classiques différents de cette oeuvre. 

 

MUTATION

 

La trilogie " VORGINE - RELAPSE - DELIKATESSEN " marquera son époque.

Les 3 cassettes seront rééditées presque aussitôt éditées par le label dans le premier disque du SYNDICAT. Un triple album édité par le label américain RRR. La trilogie sera  rééditée une seconde fois avec le double CD  "TEN YEARS OF EXCESS" chez Staalplaat, accompagné d'un livret graphique de Zorïn.  

 

L'intérêt que commence à porter au SYNDICAT d'autres labels indépendants provoque la fin du label syndicaliste dont les membres commençaient a passer plus de temps à la poste qu'au travail.  

 

A cette époque, 1987, VEIDT et RUELGO écoutent depuis longtemps du hip hop : Les inventeurs du genre GRAND MASTER FLASH, AFRICA BAMBAATA, PUBLIC ENNEMY... Mais aussi les grands précurseurs inclassables: 23 SKIDOO, les productions de ADRIAN SCHERWOOD, le dub industriel de AFRICAN HEAD CHARGE, MARK STEWART…

Ils apprécient les rythmiques "noires" sur le premier temps et dévorent tout ce qui groove et expérimente. 

 

Ayant récemment acquis des boites à rythme à échantillonnage, les RSF, qui couplées en midi leur offrent des possibilités intéressantes et des limitations rythmiques qui ne les frustrent pas. Ils séquencent  tout ce qu'ils trouvent et jusqu'a leurs morceaux les plus bruitistes. La "musique" du Syndicat se change progressivement en une sorte d'avalanche de grooves bruitistes.

 

En 1988, LE SYNDICAT publie son premier album rythmique sur le  label de Zorïn : LA PROCEDURE.

C'est "MACISTO FUZZTANZ ", on y trouve les premiers véritables morceaux rythmiques du SYNDICAT faits en 1986 et 1987,  des choses influencées par le groupe slovène LAIBACH, qui a bien marqué son époque,  (comparez LAIBACH et RAMSTEIN...). Mais on trouve aussi dans Macisto Fuzztanz, des morceaux qui convoquent les influences hip hop et dub. Les furieux " LOCORTICO ", " SHOOT ME ! ", " RAMROD RAYMOND " allient break beat low-tech, bruitisme et dub. Le groupe ne possède pas encore d'ordinateur et le travail est concentré uniquement sur la séquence rythmique qu'ils veulent complexe, déstructurée, alliée à un travail bruitiste des couches sonores, des cut-ups foudroyants,  des scratches. MACISTO FUZZTANZ, à la frontière du bruitisme et du hip hop sera réédité en CD par Staal Plaat 3 ans plus tard. C'est à cette époque que Ruelgo déclinera l'offre de travailler avec le groupe electro rock hardcore MINISTRY qui deviendra plus tard célèbre.

 

SARDANAPALE, publié par Staal Plaat en 1991, témoigne de l'inventivité du groupe à la fin des années 80.  

On y trouve les étranges et narratifs "RODEOCOP, PEGGY HELL"... Et aussi les puissants "FIRST" et "DESASTRE D", basses électroniques déstructurées, rythmiques cassées...  

La puissance rythmique et le groove tonitruant du SYNDICAT s'ornementent d'arrangements de plus en plus complexes et d'expériences inédites.

Dans sa démarche farouchement expérimentale, LE SYNDICAT s'aventurait avec cet album en terres inconnues jusqu'a ce jour et se place à la frontière d'une multitude de courants naissants et de quantités d'autres pistes que prendront les années 90.

 

LES ETABLISSEMENTS PHONOGRAPHIQUES DE L’EST

 

En 1987 Ruelgo rencontre par hasard des jeunes gens en train de s'installer dans une boutique non loin de chez lui, Paris, 11ème arrondissement. Les frères Willman ont un projet ambitieux: ouvrir un lieu, disquaire et lieu de concert, dédié aux musiques divergentes à Paris. A cette époque, les "musiques nouvelles" commencent à ratisser large. Le hip hop explose avec toutes sortes de courants technoïdes expérimentaux qui trouvent en France un public. Les frères Willman, ingénieur et juriste, financeront a perte les E.P.E. (Etablissements Phonographiques de L'Est) pendant 5 ans. Ruelgo tiendra la boutique pendant les 3 premières années. Il y investira ses relations postales et des dizaines de groupes venant de partout dans le monde se succèderont dans la petite salle en cave, la majeure partie du public envahissant la rue.

 

LES CAUSES REELLES DE L’EXPLOSION

 

La gestion du stock des EPE permet à Ruelgo d'acheminer et de découvrir à peu près tout ce qui s'invente à cette période charnière, de 1987 à 1989, juste avant "l'explosion techno".

LE SYNDICAT découvre alors que la direction qu'il a prise, est partagée par d'autres expérimentateurs à la frontière d'innombrables influences:

MEAT BEAT MANIFESTO, RENEGADE SOUNDWAVE, GREATHER THAN ONE, P.W.E.I., DEPTH CHARGE…

Ces musiques qui groovent, agressives, bruitistes, expérimentales, sauvages, sont à la source de l'explosion des musiques électroniques des années 90.  Ce n'est pas seulement à Détroit où à Chicago (comme le mondialisme culturel tente de nous le faire croire) que la bombe qui fit exploser les musiques électroniques fut allumée. C'est en Europe occidentale au milieu des années 80 que les lourdes portes qui limitaient la musique « écoutable » à la formation rock classique sont tombées.

On retrouvera le son de cette époque dix ans plus tard, dans la deuxième moitié des années 90 avec ce qu'on a appelé le BIG BEAT (CHEMICAL BROTHERS, FATBOY SLIM, FREDDY FRESH).

 

RAVE

 

Au début des années 90, le phénomène musical majeur est cependant l'explosion du mouvement rave et du deejaying.

Les membres du SYNDICAT apprécient la puissance des sound systems et voient grand nombre de leurs thèses se réaliser concrètement ;  ils voient aussi le mouvement techno et rave se transformer rapidement en une sorte de revival communautaire gentillet qui les laisse plutôt froids.

 

La "techno" du SYNDICAT sera publiée par Daft records (Belgique). C'est le tonitruant

" MAXIMALIST " dont le titre est un pied de nez au minimalisme affiché par les prototypes du genre. Tout ceci se passe bien avant que les courants techno n'apparaissent (Jungle, hardcore, drum & bass, breakbeat) et que la techno ne devienne la musique électronique savante que connaîtront la fin des années 90 ( APHEX TWINS, AUTECHRE, PHOTEK etc.)

MAXIMALIST délivre une sorte de hyper hardcore multicouches, agressif et nerveux et aussi quelques perles au noisy groovy comme "BROTHER JOHN" ou "ACHTUNG !"

 

A l'époque, 1991, " MAXIMALIST " excite l'intérêt, et RUELGO reçoit un contrat d'exclusivité pour travailler avec un important label de l'époque : KK records (Belgique). Un contrat d'exclusivité, c'est un regard du label sur toute la musique de l'auteur. Il doit demander la permission de faire de la musique pour quelqu'un d'autre, livrer à son label un certain quota de musique etc.

 

LA FIN DU SYNDICAT

 

LE SYNDICAT choisira de préserver son indépendance. Ruelgo souhaite en effet disposer de sa musique à sa guise et gagner sa vie en offrant ses services de musicien et technicien du son.

Il vient de commencer à travailler avec la chaîne de TV "LA SEPT" (l'ancêtre de ARTE).

Il collaborera avec des cinéastes, des réalisateurs, des chorégraphes, des metteurs en scène de théâtre.

Sa rencontre avec la chorégraphe Christine Marneffe lui permet d'expérimenter les rapports intimes du son et du spectacle. Il effectue toutes les régies de son des spectacles avec lesquels il travaille et diffuse ses bandes sonores en spatialisant ses musiques.

La musique électronique ou electro acoustique, chose enregistrée, figée, peut en effet se mettre a vivre et tenir une réelle place mobile, vivante, dans le cadre d'un spectacle.

 

En 1995, Veidt Mjolnir publie son premier album solo sous le nom ICON ZERO chez KFX recordings, label tenu par Yann Farcy de " l'Invitation au Suicide ".

RUELGO n'a plus le temps de penser a éditer sa musique puisqu'il est attelé à la confection et la diffusion de ses bandes sonores.

 

A la fin des années 90, la vieille entité syndicale n'a plus vraiment de raison d'exister.

Ruelgo sera édité sous son nom avec l'album "VORACE" chez HYMEN RECORDS, un vinyle assez musical et complexe sur lesquels il aura finalement travaillé 6 ans, depuis 1992.

 

FIN